RAEMH – 20.6.2025
À l’occasion de la Journée mondiale du réfugié ce 20 juin, Caritas Italie membre du Réseau Afrique-Europe pour la Mobilité Humaine (RAEMH) propose une analyse des réalités vécues par les personnes réfugiées. Une contribution précieuse pour nourrir la réflexion collective et soutenir une autre narration sur les migrations, plus juste, plus solidaire, plus humaine.

Les couloirs humanitaires ont été créés et conçus comme l’une des réponses possibles à la « crise migratoire » qui a atteint son paroxysme à l’été 2015. À la fin de cette année-là, un premier protocole a été signé pour « l’ouverture de couloirs humanitaires », des voies légales pour faciliter l’entrée en Italie ou en Europe de personnes migrantes ou réfugiées très vulnérables. Un peu plus d’un an plus tard, en janvier 2017, le premier protocole d’accord impliquant Caritas Italiana en tant qu’expression de l’Église italienne, a été signé avec le ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, le ministère de l’Intérieur, la Conférence épiscopale italienne et la Communauté de Sant’Egidio. Il concernait lu transfert vers Italie de 500 personnes ayant besoin d’une protection internationale depuis des camps de réfugiés situés en Éthiopie. Au fil des ans, d’autres organisations ont participé au projet, notamment la Fédération des églises évangéliques, la Tavola Valdese et ARCI.
L’aventure des couloirs humanitaires est racontée dans un livre publié par Caritas Italiana, « L’altra strada » (L’autre chemin) (ed. EMI, Bologna), publié ces jours-ci, au milieu de l’année jubilaire, avec une dédicace spéciale
« au Pape François, un pèlerin de l’humanité qui, avec des gestes et des paroles, nous a rappelé la beauté d’être humain et a semé des graines d’espérance dans le monde ».
Les communautés paroissiales et diocésaines, animées par leurs Caritas respectives, sont en première ligne de l’accueil des personnes arrivant en Italie par les couloirs. De 2017 à 2024, plus de 70 diocèses italiens ont accueilli 1 560 personnes de différentes nationalités. En complément des couloirs humanitaires (907 personnes) et des couloirs universitaires (180 personnes), d’autres opérations ont été menées dans le même esprit d’accueil solidaire : réinstallations depuis la Turquie et la Jordanie (44 personnes en 2017), débarquements encadrés à Catane et Gênes (209 personnes en 2018) et évacuations depuis la Libye (220 personnes entre 2017 et 2018). Bien qu’issues de dispositifs distincts, ces initiatives ont été accompagnées par les Caritas diocésaines avec la même dynamique que celle déployée pour les couloirs humanitaires. Les pays d’origine des personnes réfugiées via les couloirs humanitaires étaient : l’Érythrée, la Somalie, le Soudan du Sud, le Cameroun, l’Égypte, le Togo, le Yémen, le Pakistan, l’Irak, l’Iran, la Côte d’Ivoire, l’Afghanistan.
L’expérience des couloirs humanitaires ne s’est pas limitée à un dispositif figé : elle a suscité, au fil du temps, de nouvelles initiatives et ouvert de nouvelles perspectives. À partir de cette première dynamique, d’autres formes d’accueil ont vu le jour, comme les couloirs universitaires, permettant à des jeunes réfugiés d’accéder à des études supérieures, ou encore les couloirs pour le travail, favorisant l’intégration professionnelle. Cette capacité à inspirer et à faire émerger d’autres solutions concrètes rend l’expérience véritablement porteuse et innovante.
Le premier projet UNICORE (University Corridors for Refugees), a été lancé en 2019. Le chef de file du projet, qui implique plus de trente universités publiques et privées, est le Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (HCR). Les partenaires nationaux sont le ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Caritas Italiana, Diaconia Valdese, Centro Astalli for Refugees et Gandhi Charity. Les pays d’origine des étudiants réfugiés sont les suivants : Burundi, République démocratique du Congo, Érythrée, Éthiopie, Rwanda, Somalie, Sud-Soudan, Soudan. Jusqu’à présent, le projet a impliqué 33 Caritas diocésaines, qui ont accueilli 180, (137 étudiants et 43 étudiantes).
Les corridors pour le travail, qui mettent en relation les personnes réfugiées et les entreprises susceptibles d’utiliser leurs compétences, ont jusqu’à présent accueilli 15 personnes, toutes d’origine afghane.
Le livre « L’altra strada » raconte les corridors à travers les histoires de Barwaco, Puot et Safia et des communautés qui ont été « accueillies » par eux et leurs réalités. En effet, les couloirs sont un projet qui promeut le développement intégral des personnes et les met au centre. C’est une initiative qui, si elle est correctement mise en œuvre, peut changer la vie non seulement des personnes accueillies, mais aussi de ceux qui accueillent, des communautés qui se laissent interpeller, qui s’ouvrent à la nouveauté, qui renoncent à la peur et qui deviennent elles-mêmes un message pour le monde.
C’est pourquoi les couloirs humanitaires, universitaires et professionnels témoignent d’un engagement concret et visible : un engagement qui « parle », selon l’appel du pape Benoît à une foi active et incarnée dans les œuvres. Ils ne prétendent pas résoudre la question des mobilités humaines ni éliminer immédiatement les causes qui poussent des millions de personnes à quitter leur pays, souvent au péril de leur vie. Mais ils veulent mettre en lumière ces causes afin que la communauté internationale puisse trouver les solutions les plus appropriées et les plus humaines.
Le 18 mars 2023, quelques semaines après la tragédie de Cutro, une localité de Calabre où au moins 94 personnes ont perdu la vie dans le naufrage de leur bateau entre le 25 et le 26 février, le Pape François a rencontré les familles de personnes réfugiées à travers les corridors. Rappelant que le projet est né en réponse à une situation dramatique et citant le naufrage de Cutro (« Ce naufrage n’aurait pas dû se produire et il faut tout faire pour qu’il ne se reproduise pas »), il a souligné que cette
« initiative est tragiquement actuelle, voire plus nécessaire que jamais […] Les corridors construisent des ponts que de nombreux enfants, femmes, hommes, personnes âgées, issus de situations très précaires et fuyant de graves dangers, ont finalement franchis en toute sécurité, légalité et dignité vers les pays d’accueil. Ils surmontent les frontières et, plus encore, les murs de l’indifférence sur lesquels se brise souvent l’espoir de tant de personnes qui attendent pendant des années dans des situations douloureuses et insupportables ».
Si l’on considère qu’en 2024, 66 300 personnes ont débarqué sur les côtes italiennes et, surtout, qu’au moins 1 700 ont disparu dans les eaux de ce grand cimetière qu’est devenue la Méditerranée, on comprend que les couloirs puissent aussi apparaître comme une goutte d’eau dans l’océan.
Mais il existe des gouttes capables de donner à l’eau de nouvelles couleurs et de nouvelles saveurs.
« Les couloirs humanitaires, écrit Don Marco Pagniello, directeur de Caritas Italiana, dans la postface du volume, restent une invitation permanente à redécouvrir la centralité de la personne humaine, à ne pas se laisser piéger par les statistiques ou les stéréotypes, mais à se laisser toucher par son prochain. Ils sont la genèse d’un monde plus juste, plus humain, plus fraternel. A eux seuls, ils ne changeront pas l’histoire, mais ils peuvent nous changer. Et quand le cœur change, alors oui, le monde change aussi ».
En cette Journée mondiale du réfugié, la voix de Caritas Italie se joint à celle des autres membres du RAEMH pour rappeler une évidence trop souvent oubliée : chercher refuge est un droit, pas un crime. A l’heure où les politiques migratoires se durcissent, il est plus que jamais nécessaire de faire entendre des paroles de solidarité, de construire des ponts et non des murs. Le RAEMH continuera, avec ses partenaires, à nourrir cette vision d’une mobilité humaine respectueuse des droits et des parcours de vie de chacun.